« Les messages adressés aux usagers sont importants, qu’ils passent par des arrêtés sécheresse ou des encouragements d’économie d’eau directement formulés par les opérateurs »

 

  • Face à l’épisode inédit de sécheresse qui a marqué la France cet été, la FP2E a appelé à une sobriété des usages. Que recouvre la notion de sobriété appliquée au secteur de l’eau ?

La FP2E a appelé très tôt, dès mi-juin, l’ensemble des usagers des services d’eau, les industriels, le monde agricole, à plus de sobriété dans les prélèvements d’eau. Cette sobriété s’exprime dans le fait d’économiser les ressources naturelles, à la fois par des comportements vertueux, mais aussi grâce à l’efficacité apportée par nos entreprises délégataires aux services publics d’eau. Il s’agit notamment d’améliorer la performance des canalisations d’eau, de réduire les fuites en s’appuyant sur le meilleur de la technologie.

 

  • Dans ce contexte, quels sont les leviers pour agir à la fois sur l’offre et la demande ?

En ce qui concerne l’offre, donc un meilleur accès à la ressource en eau, il s’agit d’avoir des niveaux de performance des réseaux d’eau importants. Plus de sobriété c’est moins de prélèvement, une amélioration des capacités techniques des réseaux et des technologies de pointes comme les capteurs pour détecter les fuites. Cela peut être le déploiement de solutions digitales comme les compteurs communicants qui alertent les abonnés sur leurs fuites. Dans ce domaine, les réseaux gérés par des opérateurs sont particulièrement exemplaires, avec des taux de rendement supérieurs aux moyennes nationales. Nous avons ainsi économisé 750 millions de m3 d’eau au cours des 13 dernières années.

Il s’agit ensuite de développer de nouvelles ressources, notamment avec la réutilisation des eaux usées traitées, à laquelle on a insuffisamment recours en France puisque nous réutilisons moins de 0,5% alors que l’Italie et l’Espagne sont bien au-delà de 10% par exemple.   Il existe enfin d’autres procédés, par exemple la recharge de nappes, pour utiliser des ressources abondantes en hiver pour recharger utilement les nappes en prévision de l’été.

En ce qui concerne la demande, nous alertons les usagers dès qu’il y a des tensions sur les ressources en eau. Nous le faisons via des moyens d’information, ou par la mise en place de structures tarifaires spécifiques qui donnent un « signal prix » au moment où la ressource est la plus rare. Les messages adressés aux usagers sont importants, qu’ils passent par des arrêtés sécheresse ou des encouragements d’économie d’eau directement formulées par les opérateurs.

 

  • Quels sont les problématiques posées par ces diminutions de consommation du point de vue du modèle économique des services d’eau et des infrastructures ?

Il n’est pas possible de répondre à cette question en donnant une vision nationale. Les sujets sont locaux et temporels. Lorsqu’on réussit, cet été, à limiter les augmentations de consommation liées aux fortes chaleurs, on a une action bénéfique qui ne met généralement pas en péril le modèle économique ni les infrastructures.

A l’inverse dans les régions où les consommations baissent, pour des raisons par exemple de décroissance démographique, le modèle économique et la gestion des infrastructures sont questionnés. De nouvelles questions se posent comme par exemple le temps de séjour de l’eau dans les canalisations, et ce aussi bien pour l’eau potable que pour l’assainissement. Le surdimensionnement temporel d’infrastructures, en hiver par exemple, est également problématique, mais c’est aussi dans ces dimensions d’adaptation de l’exploitation au changement climatique que nos entreprises exercent le meilleur de leurs expertises.