« Nous avons besoin d’une offre de transports publics performante pour répondre aux défis de demain. Si l’aide apportée face à la crise que nous vivons est insuffisante, les autorités organisatrices risquent d’être contraintes de réduire leur offre de service, ce qui pourrait favoriser le retour à la voiture individuelle ou aux deux-roues motorisés. Ce serait un véritable échec du point de vue de la pollution de l’air et du réchauffement climatique, des défis pourtant au cœur du plan de relance ».

 

 

 

 

 

  • Quels ont été les enjeux des transports publics durant la crise sanitaire, – particulièrement la période de confinement- et comment les équipes de Keolis se sont-elles mobilisées pour répondre à ces enjeux ?

Le transport public ne n’est jamais arrêté ; une vraie continuité de service public a été assurée pour les personnes qui ont poursuivi leur activité pendant le confinement, notamment dans les hôpitaux et les EHPAD. L’offre de transport « classique » a souvent été ajustée à 30 à 50% du service, la fréquentation ayant véritablement chuté durant cette période, et adaptée en fonction des situations locales pour permettre la desserte des établissements de santé dont les personnels travaillent souvent en horaires décalés. Nous avons parfois mis en place des services sur mesure, comme des services de nuit à la demande, pour les soignants mais aussi tous les personnels qui contribuent au fonctionnement de l’hôpital, soit des effectifs non négligeables car l’hôpital est le premier employeur dans de nombreuses agglomérations.

En parallèle, il a fallu s’adapter rapidement aux nouvelles règles sanitaires, qui n’ont eu cesse d’évoluer tout au long de la crise : désinfection des véhicules, protection des conducteurs, suppression de la vente de tickets à bord et remplacement par la vente en ligne, équipement des collaborateurs en masques et en gel hydroalcoolique… En résumé, notre action a été guidée par trois principes : continuité du service public, protection des collaborateurs, protection des usagers. L’adaptation des services de transports et des mesures sanitaires s’est faite en parfaite concertation avec les autorités organisatrices et avec une grande réactivité, les décisions prises étant souvent d’application immédiate. Il n’y a quasiment eu aucun droit de retrait de la part de nos collaborateurs, qui ont été particulièrement responsables et exemplaires.  Une partie de nos effectifs a néanmoins été à l’arrêt, soit pour garde d’enfant, soit en maladie pour les personnes à risque, soit en chômage partiel suite à une réduction de l’offre.

Enfin, comme nous sommes également le premier opérateur de transport sanitaire en France, nous avons eu une augmentation forte du nombre d’ambulances affectées au transport de malades du Covid. Au total notre filiale Keolis Santé a transporté près de 10 000 malades du Covid.

 

  • L’appartenance à un groupe a-t-elle permis de mieux affronter la crise et permettra-t-elle d’accélérer la relance ?

La diffusion des meilleures pratiques au sein du groupe a été l’une des clés de la résilience face à la crise. Dès le mois de février, nous avons créé une task force pour répondre aux divers problèmes rencontrés par nos réseaux. Par exemple, concernant l’approvisionnement en masques, nous avons pu bénéficier de la puissance d’achat de nos filiales implantées en Chine, et n’avons donc jamais manqué. Cette task force a également travaillé à l’interprétation et à la déclinaison pratique pour les filiales des mesures édictées par les pouvoirs publics. Par exemple, dans le domaine des relations sociales, les spécialistes du groupe ont apporté aux filiales une information en temps réel sur les dispositifs liés au chômage partiel ou à la garde d’enfants, qui ont connu des évolutions tout au long de la crise.

Nous avons également bénéficié de l’expérience de nos réseaux à l’international. L’expérience de Shanghai par exemple – où Keolis exploite des lignes de métro et de tramway – nous a permis d’avoir des retours d’expérience sur la séparation des flux de passagers, les mesures pratiques à mettre en place pour favoriser la distanciation physique, mais aussi l’utilisation de produits virucides.

Enfin, comme nous sommes le premier opérateur de transport sanitaire en France, nous disposons d’un médecin conseil au sein même de Keolis Santé, qui a été mobilisé pour donner des éléments objectifs à nos représentants du personnel sur le risque de contamination.

 

  • En quoi était-il important que le secteur des transports publics soit intégré au plan de relance ?

Le secteur de la mobilité a été un de ceux qui ont été les plus touchés par cette crise. La fréquentation a chuté de manière inédite pendant le confinement, et n’est toujours pas revenue à la normale. Certaines de nos activités sont même encore totalement à l’arrêt comme l’exploitation de cars de tourisme ou les services aéroportuaires.

La fréquentation des transports urbains est tombée à 10% pendant le confinement, puis 30-50% lors de la reprise. Actuellement on se situe à 70-80% selon les réseaux par rapport à septembre 2019. Beaucoup d’universités n’ont pas repris les cours en présentiel, de nombreux cadres sont encore en télétravail et surtout, de nombreuses personnes renoncent tous simplement à leurs déplacements. Par ailleurs, l’usage du vélo s’est fortement développé dans les agglomérations et celui de la voiture individuelle est à nouveau en augmentation après des années de tendance baissière.

Si le transport public est intégré au plan de relance, force est de constater que le soutien n’est pas à la hauteur des enjeux. Sur les 11,5 milliards d’euros prévus pour les transports, seuls 1,2 millions sont fléchés vers les transports du quotidien dont seulement 300 millions d’euros pour les transports urbains de province. Sur un effort de 100 milliards, c’est bien peu, surtout par rapport à l’impact de la crise sur un secteur clé face au défi climatique.

Nous avons besoin d’une offre de transports publics performante pour répondre aux défis de demain. Si l’aide apportée face à la crise que nous vivons est insuffisante, les autorités organisatrices risquent d’être contraintes de réduire leur offre de service, ce qui pourrait favoriser le retour à la voiture individuelle ou aux deux-roues motorisés. Ce serait un véritable échec du point de vue de la pollution de l’air et du réchauffement climatique, des défis pourtant au cœur du plan de relance.

 

  • En quoi les opérateurs comme Keolis sont-ils des partenaires privilégiés des AOM pour faire face aux enjeux des transports publics de demain ?

Il y a actuellement dans le transport public un véritable enjeu de reconquête des clients. Nous devons apporter la démonstration concrète que les transports en commun sont sûrs sanitairement parlant, pour faire revenir notamment les personnes qui renoncent à leurs déplacements.

Or, la performance commerciale, tant dans la conception de l’offre que dans les actions de conquête et de fidélisation de la clientèle, est un des points forts des opérateurs privés.

Pour répondre à cet enjeu de confiance, nous avons mis en place des solutions digitales en matière d’achat de titres. Grâce à notre investissement dans la R&D, nous sommes aujourd’hui capables de déployer des dispositifs numériques intelligents : nous pouvons par exemple informer en temps réel les usagers sur le taux de remplissage des prochains tramways à l’arrêt où ils se trouvent. Par ailleurs, nous avons également affecté du personnel au nettoyage des transports en commun en journée, pour rassurer les usagers sur la désinfection du matériel.

Il faut communiquer sur le fait qu’il n’y a eu, à ce jour, aucun cluster avéré dans les transports en commun.

 

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