« Pendant longtemps le débat sur l’énergie à Bruxelles s’est cantonné à l’électricité et au gaz. L’Europe a pris conscience que la transition énergétique ne se fera pas sans transformer en profondeur le marché de la chaleur. Cette nouvelle priorité se reflète dans les textes réglementaires avec par exemple l’objectif pour les Etats Membres d’augmenter la part des énergies renouvelables sur le marché de la chaleur de 1,1 % par an d’ici 2030 ou encore l’obligation pour chaque pays d’évaluer le potentiel de développement des réseaux de chaleur ».

A travers son cadre pour le climat et l’énergie à l’horizon 2030, l’Union européenne s’est fixé des objectifs ambitieux dans le domaine de la transition écologique/énergétique.  En quoi le développement des réseaux de chaleur contribue-t-il aujourd’hui aux objectifs de l’UE dans ce domaine ?

Avec le « Paquet Energie Propre », l’Europe a réaffirmé son engagement en fixant un cap clair pour l’échéance 2030 :

  • Une efficacité énergétique améliorée de 32,5 %
  • 32 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique européen.

C’est maintenant  à chaque état membre de concrétiser ses engagements, avec des jalons clairs  qui crédibilisent les trajectoires élaborées dans les plans énergie climat nationaux.

Dans cette stratégie de décarbonation européenne, les réseaux de chaleur ont un rôle clef.  La directive Energies Renouvelables qui  fixe cet objectif de 32 % encourage le développement des réseaux de chaleur et de froid et leur verdissement, notamment en leur consacrant un article dédié. Ce n’est pas une surprise : la chaleur est le premier poste énergétique : elle pèse 47 % de la consommation finale d’énergie en France.

Les réseaux de chaleur sont le moyen privilégié pour décarboner ce vecteur. La dernière enquête du Syndicat National de Chauffage Urbain (SNCU) le montre. En 10 ans les réseaux de chaleur français ont doublé leur proportion d’énergie renouvelable et de récupération, passant de 27% à 56%.

Pour la France, le projet de Programmation pluriannuelle de l’Energie prévoit notamment de multiplier par plus de 2 les quantités de chaleur et de froid renouvelable ou de récupération à l’horizon 2028, pour atteindre entre 31 et 36 TWh annuels contre 15 TWh actuellement.

Au-delà de ces objectifs chiffrés, ce qui est à souligner, c’est que cette progression se fait de façon exemplaire : en travaillant à l’échelle du territoire. Les énergies vertes qui sont mises en œuvre sont des ressources locales : valorisation de chaleur « perdue » par le process d’un site industriel, ressource géothermique du sous-sol, biomasse provenant des espaces boisés avoisinants. Cette lutte contre le réchauffement s’accompagne de créations d’emplois que ce soit dans la gestion et le pilotage des installations ou dans les filières forestières qui fournissent la biomasse. Au global 1000 tonnes de bois énergie valorisées créent 1 emploi sur l’ensemble de cette filière.

Enfin, dans un monde où les prix des énergies connaissent parfois des variations brutales, les prix des réseaux de chaleur restent beaucoup plus stables dans la durée.

 

Quelles sont les dynamiques à l’oeuvre dans le développement des réseaux de chaleur en Europe ?

Les réseaux de chaleur en Europe couvrent de l’ordre de 11 à 12% des besoins de chaleur au travers de 60 00 réseaux. Cette part, qui reste relativement faible comparé à son potentiel, recouvre une grande disparité de situation qui reflète bien la diversité européenne.

Le peloton de tête avec les pays nordiques culmine au-dessus de 50%, avec le Danemark dépassant les 60%. Dans ces pays la part de marche des réseaux continue d’augmenter: en Finlande, 2/3 des nouveaux bâtiments sont raccordés aux réseaux de chaleur.Les pays d’Europe Centrale et Orientale sont eux aussi à un bon niveau, ayant favorisé de longue date ce type d’infrastructure.  A l’opposé, dans des pays comme la Suisse, l’Italie ou la Grande-Bretagne, ils représentent moins de 4% du marché. Mais sur ces marchés on note un intérêt croissant pour les réseaux de chaleur perçus comme des vecteurs indispensables pour développer l’usage des énergies renouvelables dans les villes (Grande-Bretagne, Pays bas, Belgique). Un pays comme l’Autriche montre qu’un cadre réglementaire favorable peut aider au décollage des réseaux: les ventes de chaleur ont triplé depuis 1990 et la part de marché des réseaux est aujourd’hui de 26%.

Dans cet ensemble, la France est plutôt à la traine avec un modeste 6%. Nous avons donc une belle marge de progression. Le doublement prévu par la programmation pluriannuelle de l’énergie nous ramènerait juste dans la moyenne. Et nous avons un réel atout pour cela : le taux d’énergie renouvelable et de récupération des réseaux français nous place pour le coup dans le peloton de tête.

Cette ambition de croissance des réseaux de chaleur est clairement soutenue par l’Europe. Pendant longtemps le débat sur l’énergie à Bruxelles s’est cantonné à l’électricité et au gaz. L’Europe a pris conscience que la transition énergétique ne se fera pas sans transformer en profondeur le marché de la chaleur. Cette nouvelle priorité se reflète dans les textes règlementaires avec par exemple l’objectif pour les Etats-Membres d’augmenter la part des énergies renouvelables sur le marché de la chaleur de 1,1 point de pourcentage/an d’ici 2030 ou encore l’obligation pour chaque pays d’évaluer le potentiel de développement des réseaux de chaleur. Elle agit aussi au travers des programmes de recherche H2020 et ceux à venir : modélisation numérique et pilotage, démonstrateurs de technologies (« CoolDH », « UpGradeHeat ») et bien sûr utilisation des énergies vertes (« Solar District Heating », « ReuseHeat »).

Cette augmentation de la part des énergies vertes est d’ailleurs la principale tendance que l’on observe dans l’évolution des réseaux de chaleur européens.

 

Quelles pistes pour accélérer le développement des réseaux de chaleur en France ? Peut-on s’inspirer de certaines politiques menées par nos voisins ?

Les facteurs ayant favorisé le développement des réseaux de chaleur en Europe sont divers : rôle des villes dans la politique énergétique (Suède), gisements d’énergies renouvelables comme la géothermie en Islande, taxe carbone élevée sur les énergies fossiles en Suède (100 euros/tonne de CO2), aide à l’investissement dans les infrastructures (Suède, Autriche, Allemagne) décision d’interdire les chaudières gaz ou fuel dans les nouveaux bâtiments à partir de 2013.

Il n’est pas pour autant facile de transposer certains de ces dispositifs, car leur acceptabilité varie selon les pays. Les difficultés rencontrées avec la contribution climat énergie en France, qui restait encore bien inférieure au niveau de celle de la Suède, en témoigne.

En France, l’enjeu est double : densifier et étendre les réseaux et lancer de nouveaux projets, avec une cible prioritaire : les villes de 10 000 à 30 000 habitants.

Pour cela, nous disposons d’outil dont la pertinence est reconnue, principalement le soutien à la compétitivité avec la TVA réduite sur les livraisons de chaleur pour les réseaux au-dessus de 50% d’ENR&R, le Fond Chaleur. Incitation au raccordement avec les certificats d’économie d’énergie.

Une réflexion préalable lors du lancement de toute opération d’envergure en matière d’aménagement est également un facteur clef de succès pour les développements futurs.

La secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon a initié une réflexion associant l’ensemble des acteurs de la filière pour définir les mesures qui permettront à la France de revenir sur la trajectoire visée. Le Syndicat National du Chauffage Urbain apportera sa contribution touchant des sujets tels que les nouvelles zones d’aménagement ou la récupération de chaleur industrielle.

Une question reste posée : les dispositifs actuels de soutien seront-ils suffisants pour prendre en compte le gel de la contribution climat énergie qui pose un défi de compétitivité pour le développement des énergies renouvelables ?

 

Les entreprises françaises sont-elles reconnues sur ce sujet en Europe ?

Les réseaux de chauffage et de climatisation sont une activité où la France a su faire émerger des leaders. N’oublions pas non plus le froid qui sera un des enjeux majeurs de la demande énergétique des prochaines années et pour lequel la France est clairement en très bonne position avec plusieurs réseaux pour développer les solutions de froid renouvelable.

Les entreprises françaises sont bien implantées en Europe, notamment dans les pays d’Europe Centrale tels que la Pologne ou la République Tchèque.

Au-delà du modèle français de délégation de service public et de leurs savoir-faire dans le domaine des réseaux de chaleur,  elles disposent d’un autre atout. Elles sont également présentes sur le domaine des services d’efficacité énergétique. La capacité à combiner fourniture de chaleur renouvelable et maîtrise de la demande est essentielle et répond à l’évolution des réseaux de chaleur :

Au service des occupants, pour la maitrise de leur consommation d’énergie, le réseau du futur n’est plus simplement un fournisseur d’énergie au pied d’un bâtiment. Relié à l’occupant grâce aux objets connectés (IOT), il lui apporte le confort souhaité au meilleur coût dans le respect de l’environnement. Connecté grâce au digital il permet à l’occupant de maîtriser son besoin.

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EFIEES : la Fédération Européenne des Services en Efficacité et Intelligence Énergétique (l’EFIEES) a pour objet de promouvoir les activités des Sociétés de Services en Efficacité Énergétique au sein de l’Union Européenne. Ces sociétés conçoivent et mettent en oeuvre d’actions concrètes pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs clients grâce à des contrats de longue durée. Leur action vise à optimiser la gestion de l’énergie pour les utilisateurs finaux.
http://www.efiees.eu/
EUROHEAT POWER : Euroheat & Power est une association visant à promouvoir, en Europe et ailleurs, la chaleur et le froid durables grâce aux réseaux urbains vertueux. Elle regroupe des syndicats nationaux de pays européens ainsi que des entreprises de service public, des fabricants, des centres de recherche et des consultants du secteur.
https://www.euroheat.org/