« Les régions et les départements ont une action forte sur leur compétence sociale et avec la crise du Covid_19, ils vont plus loin et prennent conscience de l’enjeu « santé » notamment pour les zones blanches. Il commence à y avoir une action volontariste pour mettre en place des solutions ad hoc en fonction de leurs territoires. Il y aura un avant et un après Covid_19».

 

 

Quels sont les enjeux /objectifs du transport sanitaire en cette période de crise ?

L’enjeu principal, c’est assurer le transport des patients en toute sécurité, 24h sur 24, avec le plus haut niveau de réactivité possible. En cette période de crise, nous transportons quotidiennement entre 200 et 300 personnes atteintes du COVID_19. Ce transport de malades se fait exclusivement suite à des appels aux SAMU, qui s’appuient ensuite souvent sur des ambulanciers privés, car les SAMU n’ont pas toujours d’équipe SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) dédiée.  A noter que dans certains territoires, nous exploitons d’ailleurs des SMUR sur un modèle qui pourrait s’apparenter à une DSP « en régie ».

Durant cette crise, nous avons également contractualisé des mises à disposition d’équipages forfaitisés à la journée.

Les régions et les départements ont une action forte sur leur compétence sociale et avec la crise actuelle ils vont plus loin et prennent conscience de l’enjeu « santé » notamment pour les zones blanches ; Il commence à y avoir une action volontariste pour mettre en place des solutions ad hoc en fonction de leurs territoires. Il y aura un avant et un après COVID.

 

A quelles difficultés les entreprises de transport sanitaire sont-elles actuellement confrontées ?

 Notre secteur d’activité vit actuellement un paradoxe étonnant. Notre activité classique, qui consiste à transporter des malades entre leur domicile et l’hôpital pour des opérations en ambulatoires ou des soins, a chuté de 75%. Nous sommes passés, au sein de notre franchise spécialisée Jussieu Secours, de 9000 à 3000 missions classiques par jour parmi lesquelles 300 missions COVID.

Tous nos efforts sont concentrés sur ces 300 missions, qui nécessitent des protocoles adaptés. Nous avons la chance d’avoir mis en place une direction médicale, avec à sa tête un médecin ancien colonel pompier, qui a élaboré des protocoles spécifiques COVID pour les ambulanciers, qui vont de la prise en charge du patient, à la désinfection des véhicules, des tenues,  l’accès à l’hôpital. Quand nous transportons des personnes en VSL (Véhicule Sanitaire Léger), ils sont habituellement 2 ou 3 par véhicules. Avec le COVID, nous limitons le transport à un passager par véhicule. Au final, entre le temps de protocole sanitaire et la diminution de personnes par véhicule, notre productivité a été très affectée.

Comme tous les secteurs, nous avons été préoccupés par la problématique des masques et autres EPI. Néanmoins, grâce à l’action du groupe Keolis nous avons eu accès à des stocks de masques dont disposaient certains réseaux de transports, et aux stocks commandés par Keolis, si bien que nous n’avons jamais vraiment manqué de masques. Ceci nous a permis de garder en tout temps un haut niveau de service et de protection pour nos salariés.

 

Quelles sont les caractéristiques du secteur de transport sanitaire en France et ses perspectives de développement, notamment pour la partie publique ?

Le marché du transport sanitaire représente environ 5500 entreprises, qui réalisent en moyenne un million de chiffres d’affaire chacune. C’est un marché atomisé et plutôt artisanal. Il existe peu d’entreprises structurées comme la nôtre (Keolis Santé emploie 4000 personnes et possède 2000 véhicules). Les donneurs d’ordre sont aussi bien publics (SAMU, hôpitaux, établissements médicaux..) que privés (cliniques privées, EPHAD…).

Au niveau des donneurs d’ordre publics, une réforme récente (article 80 de la loi de financement de la sécurité sociale de 2017) a transféré aux établissements de santé l’organisation (par appel d’offres) et le financement des dépenses de transports sanitaires interhospitaliers (au sein d’un même établissement ou entre établissements).  Ces établissements découvrent la contractualisation pour des services de transport sanitaire. Un enjeu fort pour la suite est de permettre l’évolution de ces nouveaux marchés publics vers plus d’innovation, à travers des procédures qui favorisent le dialogue compétitif. Les cahiers des charges sont encore trop fermés et les pratiques se doivent d’évoluer pour permettre des options et des variantes, et gagner ainsi en performance.

 

En quoi l’appartenance à un groupe spécialiste de la mobilité multimodale est-elle un atout ?

 Nous sommes plusieurs au sein de Keolis Santé à être issus du monde du transport public. Nous avons une culture du travail avec les acteurs publics, une pratique du dialogue entre donneurs d’ordre et exploitants, de la contractualisation et de la relation partenariale gagnant gagnant dans l’intérêt public. Nous bénéficions de l’expertise de Keolis dans la conception et l’organisation de services de mobilité afin d’optimiser l’accès aux soins et le parcours patient, et optimiser les tournées pour être le plus productif possible.

En marge de l’activité sanitaire de Keolis Santé, notre filiale « Monamiligo » allie tous ces savoir-faire, à mi-chemin entre le transport public et sanitaire : son métier est le transport scolaire spécialisé pour transporter des enfants en situation de handicap. Cette société est actuellement comme les écoles à l’arrêt.

Vivement l’après crise mais la priorité est à la sécurité sanitaire !