« La mobilité aérienne est indispensable au développement des territoires et tout particulièrement des zones enclavées. Cette mobilité doit être durable. La crise sanitaire va accélérer les transitions déjà entamées dans ce domaine, car les gouvernements ont véritablement placé ces enjeux au cœur des plans de relance. »

 

 

 

 

 

Quels ont été les principaux enjeux de la gestion aéroportuaire durant la période de crise sanitaire, particulièrement en France ?

La mission de VINCI Airports, c’est le service public aéroportuaire. Tout notre effort a été orienté, durant la crise, vers la continuité de ce service public.

Nous avons effectué un grand nombre de rapatriement de passagers au moment où les frontières se sont fermées. Au total, plus de 3500 touristes britanniques, en vacances dans les stations de sport d’hiver, ont pu être rapatriés chez eux grâce à des vols opérés à partir des aéroports de Chambéry, Grenoble et Lyon.

Par ailleurs, nous avons permis le transfert de nombreux patients d’une zone à l’autre pour désengorger les hôpitaux saturés. Depuis Lyon-Bron par exemple, il y a eu 27 vols de transports de patients ; 4 vols sanitaires en provenance de l’Est de la France ont été accueillis à Grenoble ; des patients en Ile-de-France ont été transférés à Clermont-Ferrand à bord d’un avion militaire –l’A400M-, un très gros Airbus médicalisé. Nous avons également permis des vols de transfert de personnel médical, par exemple depuis l’aéroport de Toulon jusque dans l’est et en Ile-de-France. Enfin, la continuité de l’activité aérienne a permis le transport de matériel médical : un vol cargo au départ de Nantes-Atlantique a permis d’acheminer des respirateurs dans l’est de la France ; des masques de Chine ont également pu être livrés sur les aéroports de Nantes et Lyon.

Ces divers mouvements ont été organisés par les ARS, qui sont des interlocuteurs réguliers de nos aéroports. Nous avons décidé d’exonérer tous ces vols liés à la crise de redevances – redevances d’atterrissage et de stationnement  -, dans la logique de contribuer à la gestion de la crise aux côtés des autorités, dans un esprit de service public aéroportuaire.

Dernier sujet majeur : le fret. Nos aéroports ont été actifs pour accueillir des vols pour l’approvisionnement en denrées diverses des territoires tout au long de la crise.

Enfin, nous avons souhaité pendant cette crise nous mettre au service de nos partenaires, les compagnies aériennes, qui ont été extrêmement fragilisées. Nous avons ainsi permis aux compagnies de stationner gratuitement leurs avions sur nos plateformes.

Les équipes se sont beaucoup mobilisées. Nous avons mis en place des rotations de personnels afin que tous puissent participer à la continuité du service public aéroportuaire. Les collaborateurs ont également été nombreux à participer à des actions bénévoles.

 

L’appartenance à un groupe a-t-elle permis de mieux affronter la crise / d’accélérer la relance ?

L’échange de bonnes pratiques et d’expériences permet plus de rapidité et d’efficacité dans la mise en place des actions. Quand on expérimente une solution qui fonctionne, on la diffuse dans le réseau.

Le fait de gérer un réseau nous a permis d’avoir des échanges constructifs avec nos partenaires compagnies aériennes sur leurs stratégies nationales, européennes et internationales, par exemple de leur proposer un dispositif à l’échelle européenne sur le stationnement des avions cloués au sol, ce qui n’aurait pas été possible dans le cas d’un aéroport isolé.

Par ailleurs, appartenir à un groupe qui dispose d’une expertise BTP nous a été utile. Avoir un ADN de constructeur, de maître d’ouvrage, savoir discuter avec les entreprises, trouver les bons protocoles, c’est un apport du groupe qui a permis de mieux affronter la crise et de poursuivre, par exemple, les travaux de réfection de pistes pendant le confinement à Rennes et à Toulon. Ces deux chantiers ont été les premiers à reprendre dans leurs régions respectives.

En phase de relance, un enjeu central consiste à restaurer la confiance des collaborateurs et des passagers quant à la sécurité sanitaire du transport aérien. Nous avons ainsi pu réfléchir collectivement avec les aéroports du réseau et mettre en place un label qui est le même dans tous nos aéroports et garantit un niveau de sécurité sanitaire élevé. En Europe nous avons obtenu le label du bureau Veritas pour les mesures sanitaires mises en place dans nos aéroports.

 

Quels sont les problématiques de la reprise/sortie de crise ?

La mobilité est indispensable à la reprise économique.

Nous avons réalisé, avec le cabinet Utopies, une étude sur l’impact socio-économique des aéroports sur les territoires. L’étude démontre que les aéroports français représentent 93 000 emplois directs et indirects sur les territoires et contribuent à hauteur de 4,6 milliards au PIB français. Permettre au secteur aéroportuaire de se relancer a un impact fort sur l’emploi et l’activité économique.

Dès que les restrictions de voyage ont été levées, nous avons mis en œuvre toutes les actions pour permettre la reprise dans des conditions sanitaires optimales, en allant même parfois au-delà des préconisations des ARS en la matière. A Lyon par exemple nous avons mis volontairement en place un point d’assistance information et un système de téléconsultation médicale à disposition des passagers.

Par ailleurs nous avons accéléré un certain nombre de dispositifs améliorant la qualité de service, comme les dispositifs sans contact : à Lyon il sera possible à partir du 5 octobre prochain d’expérimenter un parcours passager dans l’aéroport entièrement « sans contact » grâce à la biométrie.

Enfin, la sortie de crise doit être l’occasion pour le transport aérien d’accélérer sa mutation en termes de transition écologique. Nous avons entrepris de longue date des actions dans ce domaine. L’aéroport Lyon-Saint-Exupéry que nous exploitons est neutre en carbone ; sur l’ensemble du réseau nous avons diminué de 35% l’empreinte carbone de nos aéroports ces quatre dernières années et avons un objectif de parvenir à « zéro émission nette en 2050 ».

Nous sommes également partenaires des compagnies aériennes et des constructeurs sur deux projets-clés pour l’aviation de demain. L’un concernant les biocarburants, afin d’accroître leur utilisation aux côtés du kérosène classique, permettant ainsi une baisse significative des émissions des aéronefs sur la décennie. L’autre sur la propulsion à hydrogène qui permettra à horizon 2035 d’avoir un transport aérien totalement décarboné. Accueillir ces carburants et ces avions de demain, c’est aujourd’hui que nous devons le préparer, dans nos infrastructures, nos processus opérationnels et dans les métiers et compétences de nos équipes.

La mobilité aérienne est indispensable au développement des territoires et tout particulièrement des zones enclavées. Cette mobilité doit être durable. La crise sanitaire va accélérer les transitions déjà entamées dans ce domaine, car les gouvernements ont véritablement placé ces enjeux au cœur des plans de relance.

 

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